AMAURINO

Ce qu’on ignore


La douche froide du p’tit Gavroche

« Bien le bonjour Mesdames ! », le vélo fait poliment sa courbette.
Son guidon, gentlemen, tire un chapeau en révérence.
Il dévoile sa croupe de ferraille, quillée sur la gauche,
Depuis des jours, garé en pot de fleurs sur les briques du boulevard Annablamansingel,
Ignoré par les passantes qui passent sans repasser.

Il attend sans râler, sans fauter ; sagement en case
Sous le lampadaire orgueilleux planté à ma fenêtre.

-Oh Eh ! M’sieur ?
Gavroche le p’tit postier m’appelle comme une vache,
Son marcel blanc écru, retapé par deux lanières, se tiens sage,
Mais c’est bien parce que des bretelles de cuire s’y encastrent.
Il gueule au porche avec ses yeux belle nature.
-Eh ! C’est vot’ vélo M’sieur ?
– Vrai !
Son appel fait douche froide,
Alors je fonce droit-devant, violemment je dégonde la porte et fracasse ses verrous d’un taquet !

Il est temps d’enfourcher cette satanée selle !



La force vitale

Un gland de chêne sommeille,
Ce halo pétille entre mes côtes,
Dans ma chair fertile et terreuse.
Il s’enracine en serpentine dans mon propre sang et chacun de ses globules.
Pareil à un perron qui descend vertical des sommets Himalayens jusqu’au noyau de la terre,
Mon âme plonge aux mines sous ma poitrine,
M’indique où trouver la houille et la lave qui y boue depuis des siècles.
Ce vent des atomes, ce champ d’énergie en réserviste,
Fait l’effet d’un Pompéi qui n’explose pas !
La nuée ardente qui grondait sous l’écorce de ce volcan,
Vouée à vibrer, toujours,
Pour guider mon pas.