La brume
Un ciel de cendres ce mercredi. Des battements d’ailes au balcon.
Une brume rampe jusqu’au palier.
Les rideaux frissonnent, impressionnés par l’air pastel qui s’installe.
L’horloge s’endors. Sa trotteuse enjambe les secondes avec peine.
Au cœur du décor un homme s’incruste… EKacé par le brouillard maintenant moutarde.
Dans le vague un corbeau tend son bec. L’œil sorcier.
Leurs regards s’accrochent, se serrent en étau jusqu’à ce que l’homme soit noué.
Pris à la chair par le messager de la brise étrange.
Sa tête est déserte.
L’instant figé en jours lentement s’étale devant l’oiseau.
Puis trois coups d’ailes ! La brume se lève.
L’horloge sursaute, rattrape l’homme qui s’aKaire de nouveau.
Peut-être était-ce un rêve. Un corbeau mirage…
Page blanche
Un chaos de traits noirs macule une page blanche.
Les mots fusent, fusent en quête d’un sens qui refuse.
L’écrivain agite ses idées, empressé de noircir le blanc papier.
S’exclame confiant entre deux coups de mines déréglés,
Exulté d’emplir ses jours tel une écluse.
Sa main ridée d’encre et de fusain s’eKorce.
Gratte, gratte, gratte sans buts des traits sombres cicatrices.
Rampant, roulant, écrasant sur son passage.
Plongé dans l’ouvrage énigmatique,
Il entend au loin une faux.
La main stoppée net devine un son parvenu des morts.
Un silence assourdissant. Tout s’arrête en cœur.
Lui face au chaos de graphite.
Des larmes s’y échouent, blanchissant la page.
Contemplant cet immaculé il s’interroge,
Un sourire mystérieux au visage…
Soir
Le soir s’adonne laborieux, suggère sa trêve.
Des voix lointaines voguent. Est-ce un rêve ?
S’amusent muses des foyers à glousser aux abords du quartier.
Si innocentes sous l’astral silence,
Infusent une joie vibrante, quotidienne.
Leurs murmures grimpent aux cieux,
Si bien que les rues joignent l’éther,
Tapissant la ville de constellations.
Les tourments journaliers s’endorment,
Bercés par la ronde Lune et l’orchestre des muses nocturnes.
Timbres graves et aigues s’entremêlent.
Les âmes solitaires en chorale chantonnent au soir qui se donne…
Un être étrange
Mes profondes entrailles s’assombrissent.
Une nuit maligne règne sur leur marais.
Le rideau d’ossature n’est jamais tiré.
Couvre un secret morbide.
Un être étrange croupis sur la scène,
En sanglots dans sa prison de chair.
Ni juge, ni crime sinon battre au grès des saisons,
Mon cœur est maudit par ses tambours si fragiles.
Il voudrait jouer, vibrer en diapason,
Le pauvre en exil…
Son murmure des lamentations résonne.
Inlassablement martèle jusqu’à ce que l’écho
Dans chaque cellule répande mes mots :
« Va scander tes saisons à travers mes boyaux ! »
Le vieux timonier
Caressant la plaine des anciens baobabs,
L’écume éclate, embaumée de poiscaille et de mouettes,
Mousse blanche aux nuages.
Vole sur le rivage un voilier gigantesque.
Son mat règne sur les sables,
Vallonné d’écorces et ruisselant de sève.
Son feuillage cueille les ardeurs du vent.
L’équipage impatient de mettre à la voile,
Tangue la proue à la marais haute, aKamé d’aventures.
Mais dans l’ombre de la poupe, le vieux timonier…
Chapeau de feutre en lambeaux.
La peau cuirasse. Des traits fissurant dans la roche.
Comme une statue en mémoire du temps.
Il ancre le navire sur la rive, frustrant le rêve des marins.
Alors le batelier, amant des mers,
OKrant son chapeau à l’ancêtre,
Apprend à manier la lourde barre des années durant…
Par sa seule sueur
Pourra-t-il lever l’ancre vers l’horizon bleu.