Le pendu
Pendu à la corde usée.
Des nœuds s’incrustent,
S’emmêlent.
Le grimpeur s’accroche,
Le corps comprimé dans l’exercice intense.
Les muscles d’acier. Sa peau noire suée.
Nœud par nœud il se hisse à la cordée.
Il fronce l’iris, concentré à l’extrême.
Alerte, droit. Exactement vivant.
Pom…Pom…
Son cœur bat la ronde ;
Orchestre le silence.
D’un coup son regard plonge dans la Lune,
Cette pensée impatiente.
Voilà que le gaillard chute et fracasse son crâne !
Le poids de l’épée
Les épées s’entrechoquent sous le ciel grave.
Les étincelles surgissent
Sous le noir des cumulonimbus,
Trois-cents guerriers fendent la chair.
Leurs mains bossues par l’effort,
Coulantes,
Soulèvent le fardeau de leur métier :
Bois massif dans l’une, acier forgé dans l’autre.
Ils transpercent les mailles,
Le tonnerre en écho.
La mort cavale, piétine ; sculpte
Les porteurs d’épée dans le sang.
Des cris de douleur déchirent la Terre,
Éveillent la foudre.
Bataille fait rage…
A l’heure où le clairon de la victoire sonne,
Battus et glorieux s’empoignent,
Comblés de vivre.
Nous autres qui ne portons pas d’épée,
Vivons-nous ?
Le marais fidèle à lui-même
A mille lieues des villes,
Il s’adosse à la racine du chêne,
Drapé dans le duvet d’automne.
Les feuilles du printemps
Qui badinaient toutes vertes dans les cimes
Reposent à sa surface.
Méditatives.
Elles engrangent les hivers,
Noircissent,
Amenuisent leurs insouciances.
Mûres, épaisses,
Voici qu’elles luisent.
La puanteur s’immisce dans la vase,
Gonfle, gonfle en gaz ;
Dérange presque,
Pas assez encore…
Pour être elle-même.
La ville des esprits
Des taxis moustachus paradent
Dans l’allée médiévale
Du Christ Church College, ou castle,
Aux cloîtres du New College.
Oxford, sanctuaire
Des docteurs en toges,
Des fortunés de la haute,
Des p’tits génies.
Aussi abris de l’acharnement ;
Culture intensive à la carte.
Bus en lit double,
Des touristes en sardines.
Venus tout droit des megapolis,
Broutent.
L’œil planté dans l’écran LCD,
Sauvegardent leurs souvenirs au « cloud »
Plutôt que sur Terre.
Oxford, l’intelligencia !