Les yeux dont j’ai peur.
Le coton lumineux dépose son sourire sur mon jardin,
Rapporte son odeur. C’est l’aurore,
Ma main sillonne le sable aux grains rouges ;
Je ne suis pas seul.
De petites rétines écarlates,
Debout derrière moi sans un mot,
Me scrutent d’un œil amer ;
Comme des bougies troublent une nuit.
Les feuilles d’automne chutent et font couac
Sur l’ocre que j’espérais comme jardin de Versailles :
Chacune est une tâche.
Je sens ces yeux me lorgner… et je pense :
-Ramasse. Ne te contente Jamais.
Râteau en main je m’éreinte.
Oh ! Journées sans fin, sans appétit, sans satiété…
Soumises par leurs prunes couleur sang.
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Aux cloches du minuit de pleine lune,
Je marche sur des traces…
Les feuilles au bon vouloir du vent
Voyagent sur la dune d’où mes fils égraineront mes cendres,
Inscrivant ce destin à l’encre invisible de tous les yeux,
Pour que ces regards jugeant quittent mes jours ;
Jusqu’à ce que, seul au désert, les puits asséchés par un soleil de plomb,
J’ai brutalement soif de vivre.
Les geôliers du feu
La lisière du Soleil,
Éveillée.
Son plasma postillonne.
Dans ses veines,
Du feu si chaud qu’il s’évapore.
Ma lanterne à côté,
Sa flamme somnolente,
Secrète ;
Ce qu’elle est malade !
Je la cloisonne lâchement
Entre ces barreaux d’acier,
Piliers d’un dogme en forme de cathédrale.
A genou, par milliers,
Les geôliers du feu.
Ils la vénèrent.
Psalmodient des chants
Aux tambours de la nuit noire profonde.
Ce matin, l’ambre solaire perce les façades du culte,
Attise la braise de mon chœur.
Au zénith,
Elle l’irradiera dans ses flammes béantes.
Ce qui ne se voit pas
Sur l’étendue d’eau qui se perd de vue,
Un plat désagréable.
L’œil du jeune homme parcourt l’immensité,
Y dessine tous les chemins ;
Il y a bouteille à la mer.
Il observe la surface –
Ce pâle tableau, sans vie ni sensation.
Plus bas, loin des yeux,
Ses doigts labourent le liquide bleu en sillonnant les vagues,
A vifs ils plongent dans la substance ;
Percutent les courants proches, la caillasse des calanques,
Et, le sang chaud et rouge, ils s’écartent les uns des autres en baillant paisiblement,
Brossés, sur la phalange nue, par les courants froids d’une fosse,
Peut-être celle des Mariannes.
Au contact de l’effluve sous-marine, une humble paume.
Nul ne voit de ses yeux
Ce monde azur qu’elle empoigne !
Les vibrations de la matière, le vent qui égrène les vagues,
Les compositions minérales, le sel des six continents,
Le calcaire des gens.
Elle les prend comme ils sont ;
Parfois découvre la perle sous la coquille des Hommes,
Ceux qui savent,
…Les discrets de la mer.
Celui qui se voile la face
La fosse Le hante.
Des haillons pendus, des tissus déchirés,
Deux baïonnettes plantées en croix.
Un drame invisible des vies passées
Se trame.
« Shhhhshhshh !
Nous les garrrgouilles,
Rrrrodons
Sous la pierrrre,
Prisonniers de la Terre ;
Abîmons l’abîme.
Shhhh !
Rrrrraclures
Depuis le noir des temps. »
Cet Enfant.
Il vagabonde ;
Son pas hésite, ne sais plus.
Il empile les détritus dans les restes d’une ruine,
Se construis un voile de brume en remuant la poussière.
C’est un rituel noir.
Il invoque l’amnésie.
Démone de Tartare… ;
Elle bâillonne les cris qui hurlent,
Si violente,
– Silencieuse
La bonne rouille
Le cuivre s’immerge dans l’encre,
S’emporte dans les airs, déclenché en vrilles ;
J’écris ces vers au stylo d’étain.
Il s’oxyde l’échine,
Chatain par son temps.
A son rythme –
Fidèle à sa rouille.
Brille rouge puis
Descend jaune oranger, tonalité plus terrestre.
Ma plume vieillit sur ce carnet.
Et moi…
Rouiller au pas,
A ma couleur.